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 Chronique du débarquement jusqu'à la libération

histoires de Cannes

                  
Voici la "Chronique de la libération de Cannes" racontée par une cannoise : Amélie Mougins, sœur d’Emile Fabre, de Jean-Fernand Fabre et de Marcelle Capron. Du 14 au 31 août 1944, Amélie Mougins va vivre des moments passionnants et les racontera jour après jour. La famille Fabre/Capron/Mougins retranchée au collège Capron de Cannes, dont Marcelle Capron est directrice, recevra des officiers français et des correspondants de guerre américains.



Lundi 14 août 1944 
Arrivée au Collège à 17 heures. Trouvé installés Emile, Doris, Fernand, Yo, avec papa et maman. La veille, dans la nuit du 13 au 14, ils s’étaient tous levés, impressionnés par toute une série de ballons rouges échelonnés entre le Palm-Beach et le Quai St-Pierre. Vers 20 heures un premier bombardement par l’escadre. Nous gagnons l’abri. Le bombardement continue jusqu’à la nuit noire. Un peu de calme ; puis, vers 2 heures du matin, les avions entrent en action. Première impression d’angoisse vite dissipée : on se sent en sécurité dans l’abri.

Mardi 15 août 1944
6 heures. De gros avions sillonnent le ciel. Ce sont des avions de transport de troupes. A 6h 30 le téléphone est coupé. A 8 heures on nous annonce de débarquement. Bombardement continuel entre 8 heures et 11 heures 30. Impossible d’aller à la messe. Reprise du bombardement à 1 heure 30. = Abri. Vers 16h le port saute. Violente explosion. Gros bombardement de la Napoule et de Théoule qui sont rasés. A partir de 20 heures jusqu’à 22 heures 30, bombardement continuel soit par avions, soit par l’escadre. Nous passons la nuit dans l’abri.

Mercredi 16 août 1944
Matinée assez calme. A 11 heures bombardement. Les pièces des blochauss de la Croisette tirent : l’escadre répond. = Abri. 1er « bobard » : les Alliés sont à la Bocca, on les attend d’un moment à l’autre. Le matin la radio annonce : « nous sommes maîtres du port de Cannes ». Et nous ne voyons rien. Après-midi calme. On installe le dortoir dans le réfectoire. Bombardement dans la soirée. On gagne l’abri. Nuit calme. « Bobard » : Des patrouilles américaines parcourent les rues de Cannes. Hélas…. Pas encore. La radio anglaise a annoncé la prise de Cannes. Faux bruit. Pas encore !!!

Jeudi 17 Août 1944
Vers 8 heures bombardement. L’escadre tire sur le Palm Beach. Vers 11 heures gros bombardement. Gros dégâts dans les environs.
Toute l’après midi, bombardement alterné par l’escadre et par les avions.
A 8 heures du soir, de nombreux avions bombardent en piqué la Corne d’Or et le Palm Beach. Nous restons dans le couloir, car nous n’avons pas eu le temps de gagner l’abri.
Bruit effrayant. Toute la maison vibre. Vitres cassées.
On transporte les matelas sous le préau. On s’installe pour la nuit. Une nuit calme enfin. Nous pouvons dormir pour la première fois.
Le bombardement a détruit un pylône. Plus d’électricité, plus de radio.

Vendredi 18 Août 1944

Réveil à 5h 30. Premiers bombardements, mais assez lointain.

A 11h 30 violent bombardement de la Corne d’Or. Aux premières bombes on se réfugie dans le couloir entre les gros murs. Puis, pris d’une réelle frayeur, nous nous précipitons dans l’abri, car le bruit devient insupportable.

Déjeuner à 13h 30. Accalmie.

A 14 heures un agent de police arrive : nous avons des nouvelles, car nous sommes complètement isolés. Les Anglais sont dans l’Estérel.

A 15 heures, bombardement. Nous gagnons l’abri. Des avions survolent sans arrêt et les tirs continuent.

Dans l’abri jusqu’à 20 heures. Avons pu dîner. On entend des bruits sourds lointains. Du troisième on aperçoit des fumées en direction la Napoule. On nous annonce qu’une colonne est à Saint-Cassien. Les premiers blindés sans doute. Espoir… Espoir…

21 heures : bruit de D.C.A. violente explosion. On ignore ce que c’est. Dans l’abri. On attend.

Nuit très agitée. Canonnade ininterrompue. Les vagues d’avions sans arrêt passent sur nos têtes. On entend les coups au loin. On quitte l’abri pour s’étendre… chacun est déjà fatigué. Il faut s’occuper sans cesse de papa qui donne des signes de grande lassitude.

Samedi 19 Août 1944
5h 30. On s’est reposé malgré le canon, malgré les avions. On se fait au danger !
La canonnade s’est arrêtée, mais les avions continuent.
13 heures matinée sans histoire, calme, sauf le ronron des avions qui n’arrêtent pas et qui mitraillent.
13h 30. premiers coups tirés par une batterie (Corne d’Or sans doute). Nous gagnons l’abri par crainte de la riposte de la Marine; nous attendrons le temps qu’il faudra pour retrouver la sécurité.
Du haut du collège, on distingue toujours des fumées et on entend des bruits sourds qui ont l’air de venir de la route de Mandelieu à La Bocca ou de Mandelieu à Pégomas. Nous ne savons toujours rien, sans téléphone et sans radio.
16 heures. Nous sortons de l’abri, la soirée s’annonce calme. Seuls les avions circulent.
Soirée et commencement de la nuit dans le calme. Au loin le canon tonne dans la direction de Grasse.
22 heures. Tout le monde se couche dans le dortoir, heureux de ne pas entendre de bruit. Et l’on s’endort malgré l’incertitude de l’heure qui va suivre, s’en remettant uniquement à la Volonté Divine.

Dimanche 20 Août 1944

2 heures du matin : une violente détonation dans la nuit. Réveil général. Tout le monde debout. Puis bruit violent de mitrailleuses. Il y a de la bagarre dans les environs. On écoute. Arrêt. On se recouche.

Réveil à 7 heures du matin. Quelques coups de canon par ci par là. On nous annonce qu’un obus a traversé le palais des Dunes. 2 obus sont tombés sur Canteraine sans faire de victimes. Notre maison est solide : cela nous tranquillise. Des avions ne cessent de tourner au-dessus de nos têtes. Aux dernière nouvelles, Grasse, Saint-Cézaire seraient libérés, les alliés occuperaient Draguignan, Brignoles, Salernes, Solliès-pont.

16 heures. Le calme relatif continue.

22 heures. Tout le monde se couche avec l’espoir d’une bonne nuit.

 

Lundi 21 Août 1944

1h 30. Brusque réveil par deux coups de canon d'abord, puis bruit de mitrailleuses dans le Boulevard et avenue de Madrid. L'échauffourée dure une demi-heure. Nous retenons nos souffles pour éviter tout bruit. Brusquement c'est une salve de coups de canon effrayante. On gagne l'abri en entraînant papa qui résiste... il veut rester dedans. On ne distingue pas si les coups viennent de la mer ou de la terre. On suppose que c'est un tir nourri de l'escadre. Puis le calme revient.

3 heures. On remonte au dortoir et on décide de ne plus bouger.

4 h 45. Nouveau bombardement. La maison tremble, l'angoisse nous étreint un peu ; le baroud ne dure que 20 minutes.

6 h 30. Ça recommence et ça crache de tous côtés. Le plus pénible est de ne pas savoir où et vers quoi on tire. Tout le monde est debout.

7 h 30. Noélie arrive comme chaque jour. Elle fait la liaison et nous apporte les nouvelles de la T.S.F. que nous ne pouvons toujours pas avoir. Les Américains ont franchi la Durance, ils remontant vers le Rhône. Ils sont à Castellane, mais il ne se confirme pas que Grasse soit libéré. Et nous ? Combien de temps faudra-t-il attendre encore: Les jours sont longs... !

9 heures. Charles vient nous voir. C'est le Cap d'Antibes qui e été sérieusement  arrosé par l'escadre. En rade, de gros bateaux et des quantités de petits : signes précurseurs d'un débarquement. Nos esprits sont tendus et nous ne pouvons rien faire que d'attendre. Je pense à Philippe, à son angoisse s'il entend les communiqués. Je suis définitivement coupée de lui ; plus de lettres, plus de possibilité d'expédier des colis. Comment va-t-il vivre ?

Ici, avec les provisions d’Emile nous tenons, mais en ville on est très malheureux. Une soupe populaire est organisée. Après avoir eu une ration de 100 grammes de pain par jour, nous n'en avons plus depuis 3 jours. On accepte toutes les privations, tous les sacrifices pourvu que la libération arrive vite.

Il est 10 heures. Pendant que j'écris, des avions en nombre nous survolent. Ils inspectent la terre sûrement ; ils observent pour le moment, et en vue de l'attaque prochaine.

16 heures. Depuis une demi-heure, tir par les pièces marines sur des ob­jectifs probablement vers Grasse. Le canon gronde fort, tout tremble, mais nous restons dans la maison puisque nous devinons que l'objectif n'est pas nous.

Enfin nous avons la lumière; l'électricité est remise. Nous nous précipitons sur le poste. Des nouvelles dont nous étions tant privés...

Les anglo-américains approchent de Toulon et Marseille. Des éléments sont à Aix en Provence. Hyères libéré. On parle de l'encerclement de Cannes. Si Cannes résiste cela nous promet de beaux jours. Nous attendons avec confiance.

22 heures  La radio nous annonce que les forces françaises sont entrées à Toulon. Rien sur notre région.

Depuis 20 heures, le canon tonne, tonne... Ce bruit finit par faire mal aux nerfs, mais on se ressaisit, on se raidit et, en pensant à l'avenir, on reprend courage.

Les F.F.I. ont occupé toute la Savoie. Grenoble est encerclé par les F.F.I.
Le Général Montgoméry annonce à ses troupes :

"La fin de la guerre est en vue. Finissons-en dans le plus bref délai possible."

On se couche sur ces paroles réconfortantes.

 

Mardi 22 Août 1944

Nuit assez calme. A trois reprisas quelques salves.., main nous n'avons pas bougé de nos lits.

9h 30. Gros bombardement assez près. Aux dernières nouvelles, bombes sur le Suquet, au marché Forville, rue du Titien, devant Balmoral (bombardement par pièces marines). Quelques morts, des blessés.

Midi . Nous apprenons que la ville ayant fait installer 40 bennes sur la plate-forme du marché Forville, ce fut le motif du bombardement du marché.

13 heures. Le bombardement reprend. Tirs sur la batterie de la Corne d'Or. Nous avons pu déjeuner; on a bien mangé. L'optimisme renaît avec l'estomac garni...

16 heures. Le bombardement continue sans arrêt. Les pièces de marine tirent, tirent de tous côtés. Quels objectifs visent-ils ?

Depuis le matin sans une minute d'interruption un et plusieurs avions survolent la ville. La ronflement de ces moteurs au-dessus de nos têtes devient fati­gant. L'éclatement des obus au départ a quelque chose de métallique qui exaspère les nerfs. Les tympans sont fatigués. On a passé use heure dans l'abri, mais on revient à l'air libre. On a assez de la vie sous terre.

Bobard : un jardinier arrive disant : "On les attend ce soir." Je crains que ce ne soit encore une fausse alerte. On continue à attendre.

18 h 30. Un peu de répit. Le bombardement a cessé, les avions se sont tus. Monsieur le Curé Morello arrive; il nous donne d'excellentes nouvelles. Les batteries allemandes se taisent parce qu'elles ont été atteintes. Nous serons un peu plus à l'abri si le blockhauss de Citroën et celui de la Corne d'Or n'existent plus. Attendons. La radio dit que Marseille est encerclée. Manosque, Aix en Provence sont pris.

21 heures. Fusées éclairantes dans la direction du Cannet, suivies immé­diatement d'un bombardement intense,

22 heures. Le silence est revenu. Chacun gagne sa couche.

 

Mercredi 23 Août 1944.
A 7 heures tout le monde est debout. La nuit a été
assez calme, malgré quel
ques coups de canon par ci par là.
8 heures. Noélie arrive ; elle nous
apprend
que des obus sont tombés rue du 11 novembre, rue Jean Goujon. Des blessés. Chez nous tout a vibré; une statue du bureau en biscuit est tombée : elle s'est cassée. Si les dé­gâts pouvaient s'en tenir là, ce ne serait rien...
10 heures. Le bombardement
par l'escadre recommence direction Le Cannet, Grasse. Durée 15 minutes. Un avion observateur tourne, tourne au-dessus de nous. Le ronflement du moteur fatigue nos têtes bien fatiguées déjà.
12h 30. Pendant 30 minutes, sans arrêt les obus de marine sont tom­bés sur Rocheville, Le Cannet. On aperçoit des flammes; une fumée épaisse s'élève dans les airs. Nous attendons des renseignements.
16h 30 -
La radio nous annonce la libération de Paris. Tous autour du poste ; émotion générale. Nous nous serrons les uns contre les autres. Nous ne pouvons pas prononcer un mot. Les grandes joies rendent muets.
Seuls nos yeux laissent percer quelques larmes...
Et pendant ce temps, deux avions évoluent sur la Californie sans arrêt. Repérage sans doute.

Brusquement un avion pique sur Super-Cannes, mitraille. Un quart d'heure après, fumée, incendie. L'incendie gagne.

18h 30. Bruits de camions. Nous sommes aux aguets. On aperçoit avenue de Madrid des ambulances allemandes. Depuis 18 heures nous sommes devant la radio, nous suivons les émissions qui toutes parlent de la li­bération de Paris. Naturellement, Emile offre le Champagne.

20h 30. M. Baussy annonce que du Palais de l'Esterel on voit la bataille vers la Bocca. Les plus courageux grimpent les 7 étages, ils dis­tinguent de la fumée et des lance-flammes. Moussia va vers la Californie. Elle revient et nous dit qu'elle a vu des blessés allemands dans des ambulances. Un major les inspecte, assez brute du reste...

21h 30. Des fusées venant de la mer annoncent un bombardement. On gagne l'abri; mais on ressort de temps à autre pour suivre le mouvement. Une demi-heure durant bombardement intensif sur Grasse ou tout au moins dans la région. Il est difficile de préciser.

23 heures. On remonte et on décide de s'étendre, le bombardement ayant cessé. A peine rentrés, de nouveaux bruits de camions. On entend même des cris et des voix. On se précipite dehors. Une rumeur nous arrive sans qu'on puisse en distinguer la nature. Bruits de chars ou de la mer. C'est un mélange confus dans cette nuit qui va peut être nous apporter enfin la libération.

A 22 heures, une explosion formidable et une lueur dans le ciel. On appre­nait plus tard que les Allemands avaient fait sauter la place Massuque, pour retarder l'avance des Alliés.

 

Jeudi 24 Août 1944

Réveil à 5h 30. On tend l'oreille. Des bruits lointains.

7h 30. Daniel arrive nous disant que les F.F.I. sont maîtres de Cannes.

8 heures. Noélie est là. Elle confirme ce que dit Daniel. De tous côtés on entend "Nous sommes libérés... Nous sommes libérés...". On ne peut pas y croire. Et pourtant chaque personne nouvelle qui arrive au collège dit "Les Alliés sont là". Cannes est libéré.
On part aux renseignements.
Dans la rue d'Antibes où la foule circule, on s'interpelle, on s'embrasse, on prend d'assaut les boutiques qui vendent des drapeaux. Les maisons se pavoisent, chacun arbore des cocardes tricolores et aux couleurs alliées. Puis brusquement un bruit circule : il faut dépavoiser, tout danger n'est pas écarté. Les Alliés ne seront dans Cannes que l'après-midi.

15 heures. Nous sommes de nouveau dans la rue d'Antibes. Un haut parleur annonce :

« Toute contre-attaque allemande n'étant plus à craindre, pavoisez et attendez les Alliés ». Nous restons postés à l'angle de la rue Lafontaine et de la rue d'Antibes. Les trottoirs grouillent de monde : la police a du mal à empêcher la foule d'atteindre la chaussée. Nous attendons, nous attendons. On apprend que les F.F.I.. commencent l'épuration; des arresta­tions se font. Des noms circulent.

18 heures. Enfin des cris, des hourrahs : les premiers blindés américains arrivent. C'est du délire. La foule hurle de joie. Les blindés sont chargés de soldats à la mine assez fatiguée. On empêche presque la circulation des tanks tant on s'accroche à eux. Des cris de "Vive la France" "Vive l'Amé­rique", etc... etc... La vision de cette manifestation est une chose inouïe. Je ne regrette pas d'être restée à Cannes pour voir ça...

Les poitrines se dilatent. On respire... libres, nous sommes enfin libres.

A cette joie, s'associe la pensée de nos prisonniers. Bientôt, ils connaî­tront à leur tour ce sentiment de liberté. De tous les coins de France li­bérés doit monter la même émotion. Car enfin ce jour 24 août Paris et les 3/4 de la France sont libérés.

19h 30. Le courant électrique s'éteint. Plus de radio, donc sans nouvelles.

Nuit calme. On a pu retrouver un peu de repos.

 signatures des convives

Vendredi 25 Août

Matinée calme; plus de bruit de canon, plus d'avions.

11h 30. Emile, Doris, Fernand et Yo arrivent de la ville.

Emile dit "5 couverts de plus, nous amenons des Américains". On assiège l’économat, on sort boîtes de conserves, bouteilles; toutes les femmes de la communauté travaillent à la préparation d'un menu, à mettre le couvert : 16 personnes.

Une heure après on se mettait à table avec de joyeux convives, enchantés de la réception qui leur a été faite. Ce sont 5 correspondants de guerre : il y a un Anglais et 4 Américains.

On boit, on chante, tout le monde est heureux.

A 16 heures tous s'en vont et ils reviendront dîner avec nous.

20 heures. Nos 5 convives arrivent avec un supplémentaire: un jeune parachu­tiste tombé à Draguignan. Il a perdu son frère de 19 ans à Cassino. Lui, il ne fait pas de prisonnier, il tue. Il est jeune, sympathique.

On installe notre dortoir, ils passent la nuit au collège.

Mireille est venue nous voir à 6 heures.

J'étais heureuse de la retrouver et elle aussi. Elle nous a donné quelques détails sur les bombardements de Cannes. Des obus sont tombés rue Louis-Blanc, route de Grasse, Bd. Delaup. Pas de victime heureusement.

 

Samedi 26 août 1944
A partir de minuit la canonnade reprend au loin. Les pièces de marine doivent tirer sans interruption on entend le bombardement. On situe a peu près au delà d'Antibes les points de chute.
1 heure 1/2 - Un avion survole Cannes. Ce doit être un gros bombardier, brusquement il, lâche des bombes ; nous étions réinstallés dans les chambres. On
se lève, on se demande ce que cela signifie. Il tourne encore puis disparaît La canonnade durera jusqu'au matin.
8 heures - Nos amis américains prennent leur petit café, puis ce sont las adieux ; ils continuent la guerre...
10 heures - Emile revient de la ville ; c'est un avion allemand qui a lancé
des bombes. Nous ne serons donc pas encore tranquilles.
Tintin a pu avoir des nouvelles en ville ; nous sommes toujours sans électricité.
Paris, à la suite d'une contre-attaque allemande avait été repris.
Les patriotes ont demandé les secours alliés et enfin hier soir 25 août à 5 heures après des combats très violents, Paris était libéré et le Général de Gaulle y faisait son entrée.
La bombardement lointain s'entend toujours. Nous ne savons rien sur ce qui se passe vers Nice.
Sans arrêt le canon a tiré toute la journée. Sans arrêt les avions ont survolé la ville.
22 heures - Enfin le calme - On n'entend plus rien. L'espoir d'une nuit calme...

 

Dimanche 27 août 1944
Peu à peu on se réadapte à. une vie plus tranquille.
À 11 heures grand'messe à l'Eglise des Pins avec le Te Deum. L'abbé Morello
fait un beau sermon sur la délivrance de Cannes. Cette sensation de liberté à laquelle nous n'étions plus habituées depuis longtemps fait du bien.

 

Lundi 28 août 1944
Les jours sans histoire recommencent. Cependant, nous avons eu à déjeuner deux jeunes officiers de marine anglais. Ils ont débarqué à St-Raphaël venant de Sicile et d’Italie. Ils apprécient l'hospitalité française. Ils n'ont pas conservé un très bon souvenir de leur passage en Italie, comme les Américains du reste.
Toujours sans radio, donc sans nouvelles. Où en est Nice ? On ne sait rien.
On a appris qu'un attentat contre le général de Gaulle avait échoué.
Des avions allemands ont bombardé Paris. Mais la libération de la France approche.

 

Mardi 29 août 1944
Nos journées continuent sans histoire. Les Américains s'installent. On fait des arrestations en masse. Les collaborateurs la trouvent mauvais. Comme il fait très chaud, qu'on est sans eau, sans électricité et sans gaz, nous restons quelques jours de plus au collège.
Nous avons eu aujourd'hui du beau pain blanc américain. C'est agréable après 10 jours de privation de pain.
On nous annonce un bon ravitaillement. Qu'il arrive, nous en avons besoin...

 

Mercredi 30 août 1944
On nous annonce que Nice a été libéré hier soir. Mais rien d'affirmatif. On a hâte d'avoir la radio pour les nouvelles.
15 heures - On m'appelle : une visite. Maurice Drach. Le premier officier français que nous voyons depuis la libération. Joie réciproque... On parle, on parle. On a tant de choses à se dire. Les minutes sont émouvantes. Il part, nous promettant de revenir.
18 heures - Une auto entre dans le jardin. En descend Jean Pierre Aumont. Je fais sa connaissance. Il a été blessé à Marseille. Encore un officier français. Le soir grand dîner réunissant quatre officiers français autour de notre table. A 21 heures arrivait Jean François Aumont dit 'Poum" et un capitaine français correspondant de guerre. Quelle bonne soirée... Tout ce monde : Maurice Drach, les deux officiers,
Jean-Pierre Aumont, son frère et le capitaine Leroi couchent au collège. On installe lits, dortoir, chacun est heureux. L'électricité nous est revenue. La radio nous donne les nouvelles.

 

Jeudi 31 août 1944
A midi les Aumont ont déjeuné avec nous. Nous apprenons par eux qu'il y a une grande armée qui a débarqué entre Toulon et Fréjus. Eux ont débarqué à Cavalaire. Les nouvelles continuent à être excellentes.
Les Anglais ont pris Amiens.
Les Américains ont dépassé Laon; vers la Belgique.
Nice est enfin libéré définitivement.


 

Hommage à Hélène Vagliano : cliquez

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